Depuis des décennies, le Burkina Faso est réputé pour sa riche tradition cinématographique, avec la célèbre biennale du cinéma africain, le FESPACO, comme fer de lance. Cependant, selon l’acteur et metteur en scène burkinabè, Issaka Sawadogo, il est temps de repenser l’approche traditionnelle de l’industrie cinématographique dans le pays. Il l’a fait savoir lors du lancement de la plateforme de streaming « FASTREAM », le vendredi 1er mars dernier, à Ouagadougou.

Pour Issaka Sawadogo, l’industrie cinématographique burkinabè est souvent perçue à travers un prisme académique restrictif, négligeant les aspects pratiques et accessibles qui pourraient réellement la propulser vers l’avant. « Il est grand temps de démythifier cet aperçu trop académique », a-t-il déclaré lors du lancement de plateforme. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la production de films et leur présentation lors de festivals prestigieux, Sawadogo plaide pour la création de petits marchés de distribution et d’autres initiatives similaires qui permettraient une distribution plus large et une plus grande accessibilité aux films burkinabè.
« Nous devons sortir des sentiers battus et explorer de nouvelles avenues pour que notre industrie cinématographique puisse véritablement prospérer », a-t-il souligné, louant du coup l’initiative de la plateforme Faso Stream.

Cette vision révolutionnaire est déjà en train de se concrétiser, avec des initiatives émergentes visant à démocratiser l’accès aux films burkinabè. Des plateformes de streaming en ligne mettent en avant des productions locales, tandis que des projections communautaires dans des quartiers et des villages permettent à un public plus large de découvrir le talent cinématographique du Burkina Faso. « Si aujourd’hui, nous avons de grandes plateformes comme Netflix, Prime ou encore Canal+, c’est parce qu’il y a eu une personne quelque part qui a eu l’idée de créer une « boutique » dans un marché », a soutenu Issaka Sawadogo.
Pour lui, il est temps de démythifier la question de l’industrie du cinéma car on en fait tellement un débat académique et politique. De son analyse, l’industrie cinématographique est un marché. Et vu comme tel, chaque commerçant y vend des articles bien définis et il y aura toujours de nouveaux commerçants qui viendront s’installer avec de nouvelles idées. C’est pareil pour l’industrie du cinéma. C’est l’ensemble de petites initiatives comme l’a fait le promoteur de la plateforme Faso Stream que l’on parviendra à doter le pays d’une véritable industrie cinématographique. Plus il y aura, selon lui, des plateformes de streaming et autres pour vendre les produits cinématographiques, mieux nous allons booster la productivité dans l’audiovisuel et le cinéma. De cette manière, les différents maillons de chaîne de production, auront encore plus de possibilité de rentabiliser leurs œuvres en ce sens que cela passe par un canal où il y a de la traçabilité.

Reconnaissant que des efforts sont faits au Burkina avec les promoteurs des salles, l’acteur émérite burkinabè estime que cela reste tout de même limité en vue de permettre aux auteurs des œuvres cinématographiques de rentabiliser. C’est pourquoi, dit-il, des initiatives comme le streaming sont nécessaires, quant on sait que des milliers de personnes peuvent se connecter pour suivre ces œuvres. « Pendant que des personnes suivent des films, elles participent à construire ceux-là qui les ont produits. Elles deviennent donc des potentiels investisseurs dans l’industrie. Imaginons que plusieurs personnes crééent des initiatives similaires », a-t-il expliqué.
Il a donc souligné que c’est comme ça que nous devrions penser l’industrie cinématographique, loin de sa conception trop académique, à l’image de ce que nous avons pour habitude de voir lors du Marché international du cinéma et de l’audiovisuel africain (MICA). Sans toutefois minimiser son caractère son important, il a confié que très peu de réalisateurs ou producteurs sont parvenus à vendre leurs productions à travers le MICA, depuis sa création.

« Il y a un grand nombre de bons films qui sont produits au Burkina Faso et qui n’arrivent pas être vendus. Pourtant, la plupart de ces films sont des œuvres académiques ; on pourrait les exploiter pour former notre jeunesse. Ils font partie de notre patrimoine culturel et de recherches dans le développement de l’industrie cinématographique de notre pays », a-t-il laissé entendre.
Cela dit, c’est seulement la concurrence qui pourra faire évoluer les choses vers une véritable industrie. Foi de quoi, il a appelé la jeunesse burkinabè à suivre l’exemple en mettant en place de telles initiatives. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière de financement et de promotion. Issaka Sawadogo a ainsi saisi l’occasion pour exhorter les autorités gouvernementales et les investisseurs privés à soutenir ces initiatives novatrices, soulignant que l’industrie cinématographique burkinabè a un potentiel énorme qui ne demande qu’à être pleinement exploité.
Boukari OUÉDRAOGO
