Le prince aux pieds nus a de nouveau posé ses empreintes sur la scène musicale burkinabè. Alif Naaba, artiste accompli et voix protéiforme de la musique du Faso, a procédé ce jeudi 25 juin 2026 à la cérémonie de dédicace de son tout nouvel album, « Nifato », dans l’écrin culturel qu’est la Cité de la musique de Ouagadougou. Une soirée intimiste et vibrante, ponctuée d’émotions, de révélations et de communion artistique.

« Nifato » n’est pas un simple album. C’est une confession musicale, un voyage intérieur que l’artiste offre en partage. Composé de 14 titres chantés en français, en mooré et en dioula, l’opus explore des thématiques aussi riches que variées : la solidarité, le vivre-ensemble, la reconnaissance, les aléas de la vie et l’aventure humaine.
Parmi les titres figurent « Seeny », « Marieta », « Hamado », « Sahel », »Roots Love », « Tounga », « Gom Fom », « Mka Yimyé » (en featuring avec la cantatrice Abibou Sawadogo), « Su Kiré », « Souleymane » (feat. Meta and Cornerstones), « Chérie Coco », « Mabilé », et en clôture « Ba Yir en collaboration » avec Kayawoto, dans un Gous Track aux couleurs de l’authenticité. « C’est une partie de moi que je lâche dans cet album, mes amours, mes déceptions,… », a confié l’artiste, visiblement ému, en s’adressant à son public.

Ce qui distingue « Nifato » de ses prédécesseurs, c’est l’audace musicale qu’il incarne. Alif Naaba a choisi de s’aventurer sur des terrains encore inexplorés dans sa discographie : le salou, le reggae, les fusions de genres, portés par une intensité émotionnelle que l’artiste revendique pleinement. « J’exploite des sons nouveaux dans cet album, j’explore des univers différents où on ne m’a pas encore vu… Ce qui est vraiment différent, c’est que j’ai chanté avec beaucoup de force émotionnelle », a-t-il expliqué, le regard lumineux.
L’un des moments les plus saisissants de la soirée fut la présentation du titre Sahel, que l’artiste décrit comme une fenêtre ouverte sur les visages, les espoirs, les combats et la beauté de nos peuples. « La musique, c’est ce qui unit nos imaginaires à nos inimaginaires. A travers une chanson on peut voir aussi la résilience de nos peuples… le ressentir, le toucher, le sentir, etc. » a-t-il déclaré, traduisant une vision de la musique comme vecteur de vérité collective.

L’album NIFATO est aussi le récit d’une trajectoire humaine hors du commun. Né dans un petit quartier d’Abidjan, le Banco, Alif Naaba se souvient de ses années d’enfance où, sous un manguier, il s’imaginait à la radio, chantant en poulho, en mooré, rêvant tout haut avec ses amis. Des rêves qui l’ont porté jusqu’aux ondes de RFI et aux scènes du monde entier. « Je dormais dans une maison en bois où l’eau coulait dans mon toit. Aujourd’hui, je me nourris et je nourris mes enfants. La musique m’a donné, », a-t-il témoigné, suscitant une émotion palpable dans la salle.
La cérémonie a été jalonnée de temps forts : projection d’un documentaire retraçant le parcours de l’artiste, interprétation live du titre « Mka Yimyé » avec la cantatrice Abibou Sawadogo, venue spécialement de Kaya pour la circonstance, et présentation de plusieurs clips vidéo inclus dans l’album.

Symbole de reconnaissance et d’ancrage culturel, Alif Naaba a remis en grande pompe le disque numéro 02 au Konkis Naaba présent dans la salle, précisant que le premier exemplaire avait été offert à Sa Majesté le Moogho Naaba Baongho. Un geste fort, à la croisée de la musique et de la tradition.
De nombreux artistes burkinabè ont fait le déplacement pour honorer de leur présence cette soirée de dédicace, témoignant de la place qu’occupe Alif Naaba dans le paysage musical national. L’album « Nifato » est d’ores et déjà disponible en format disque et clé USB, aux prix respectifs de 10 000 FCFA et 5 000 FCFA.
Par Souleymane FOFANA
